L’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui comme l’un des vecteurs majeurs de transformation des sociétés contemporaines. En automatisant le traitement de l’information, en modifiant les modes de décision et en redéfinissant les formes de création culturelle, l’IA reconfigure en profondeur les rapports au savoir, au pouvoir et à l’imaginaire. Toutefois, cette transformation repose majoritairement sur des paradigmes technoscientifiques issus de contextes occidentaux, souvent déconnectés des réalités culturelles et anthropologiques africaines.
Au Bénin, les savoirs endogènes – qu’ils soient religieux, médicaux, artistiques ou sociaux – constituent des systèmes complexes de connaissances, ancrés dans l’histoire, la mémoire collective et les pratiques quotidiennes. Ces savoirs, transmis principalement par l’oralité et l’expérience, sont porteurs d’une vision du monde relationnelle, où humains, nature, ancêtres et forces invisibles sont étroitement liés.
Dès lors, une question centrale se pose : comment les savoirs endogènes et les cadres anthropologiques béninois peuvent-ils dialoguer avec l’intelligence artificielle sans être marginalisés, dénaturés ou instrumentalisés ? Cette communication propose une réflexion critique sur la rencontre entre l’IA et les savoirs culturels béninois, en mobilisant une approche anthropologique et épistémologique. Elle analyse les tensions, résistances et opportunités générées par l’introduction de l’IA dans des univers culturels structurés par l’oralité, la ritualité et la relation au vivant. À partir d’exemples issus des pratiques vodoun, de la médecine traditionnelle et des formes de transmission communautaire, la communication met en évidence la nécessité de penser une intelligence artificielle située, capable de dialoguer avec les épistémologies africaines et de contribuer à des formes de modernité plurielle et inclusive.
