Les objectifs de cette huitième rencontre internationale de la Chaire PETCD visaient :

  • Les questions liées au développement et aux usages des meilleures pratiques d’intelligence artificielle par tous les types d’acteurs ;
  • Une approche critique de l’intelligence artificielle, de la robotique collaborative et de l’intelligence géospatiale ;
  • L’analyse de l’évolution des pratiques info-communicationnelles utilisant l’apprentissage automatique.

Ce colloque a également questionné avec pertinence les mutations observées avec les usages de la robotique et de l’intelligence artificielle  sur les terrains complexes à l’instar des zones de conflits, dans les pays en voie de développement et dans des contextes à faibles infrastructures. Ce fut l’occasion de montrer les multiples formes d’appropriation des objets connectés par des populations diverses, à l’aide des technologies mobiles notamment. Si le développement du numérique s’est fait progressivement à l’échelle de la planète, permettant au continent africain d’opérer un bond dialectique pour son développement social et économique, qu’en est-il des applications intelligentes ? C’est dans le prolongement des réflexions des colloques antérieurs de la Chaire PETCD que s’inscrit ce colloque, afin d’enrichir les recherches pour le développement.

Les participants au colloque ont de manière holistique et critique interrogé le développement de l’intelligence artificielle et ses potentielles conséquences, positives ou négatives sur l’humain, l’intelligence naturelle, la société, la manière de pratiquer la science, et davantage. Effectivement, tous les secteurs de la vie sont touchés ou peuvent être impactés par les applications intelligentes, en dépit des langues et des contextes culturels, économiques et sociaux d’origine. 

  1. Intelligence Artificielle et Éthique

Ce colloque a abordé la dimension « Éthique » de l’intelligence artificielle avec des contributions pluridisciplinaires qui ont fait appel à la Philosophie, la Psychologie, l’Éducation, le Droit, et les Sciences de l’Information et de la Communication.

L’éthique questionne l’ensemble des conceptions morales,  le statut et les attributs que l’Homme peut accorder aux applications de l’Intelligence artificielle développées pour tous les domaines de la vie. En même temps que les technologies mobiles, les applications d’intelligence non-naturelle se sont insérées dans les modes de vies modernes, parfois dans la plus grande inconscience des Humains, les reléguant à un rôle de simples consommateurs. C’est un questionnement sociétal qui a pour mission de « promouvoir des prises de conscience éthiques et resituer l’humain » au cœur du rapport homme-machine comme l’a souligné le Dr Mainguené. Des chercheurs se sont réunis au cours de deux ateliers afin de développer une pensée critique autour de l’implication de l’humain dans les interactions avec les technologies de l’intelligence artificielle. Les contributions développées ont porté globalement sur les usages des robots et leur appropriation dans des contextes de l’éducation, de la santé et de l’industrie cinématographique. D’autres contributions notamment ont posé la question des droits des robots, des respects de la liberté de chacun, et des risques de la neuro-augmentation pour les hommes qui souhaiteraient posséder des capacités supérieures. 

Les robots sont-ils humanisant ou humanoïdes ? Une expérience entrainant des robots accompagnateurs et des jeunes possédant un trouble du spectre autistique a révélé un certain intérêt pour ces « compagnons ». L’absence de modularité des robots (de la voix et des expressions du visage ici en occurrence) pourrait offrir un cadre d’échange favorable pour l’éducation de ces jeunes, car ce facteur permet de stabiliser  la communication entre l’énonciateur et le récepteur. Toutefois, si cette expérience s’est avérée positive sur le court terme, il faudrait repenser sur le long terme cette relation pour ces « patients » qui n’avaient pas conscience que leur compagnon recueillait leurs données, et pouvait également les filmer à leur insu. Cela rappelle également que les robots sont dénués d’émotionnalité même si les fabricants sont à la recherche d’un « ersatz » d’humain. Toutefois l’usage des robots auprès des jeunes est grandissant et on peut remonter aux années 70 avec la Tortue Logo en classe. La robotique éducative a donc plusieurs années d’exercice et cela permet de prendre du recul pour expliquer quel apprentissage un robot peut-il offrir à un jeune élève ? Une étude avec le robot open source Thymio en Suisse romane a développé un dispositif pédagogique afin que d’autres enseignants puissent s’en inspirer et l’approprier dans leurs propres contextes en fonction de leurs contraintes. La réalité augmentée est aussi évoquée ici, car elle permet d’offrir à l’utilisateur une expérience en temps réel, le plongeant au cœur de l’action, et proposant des visages, des voix et des sensations centrées sur l’utilisateur. De plus, il est possible de réaliser des productions cinématographiques sans faire intervenir d’acteurs humains, ce qui fait encore réfléchir au « remplacement » de l’homme par les intelligences non naturelles dans tous les domaines. La multiplicité des cadres d’usage et des contextes socioculturels laissent entrevoir des usages positifs, pertinents,  mais parfois pernicieux, voire dangereux, selon les conséquences. En effet, des menaces sur les libertés individuelles et la protection des données personnelles découlent directement de ces usages des applications intelligentes et des robots. Les usagers partagent leurs données personnelles très souvent inconsciemment, dans l’ignorance quasi totale de la portée éthique d’une telle action, et notamment la propriété intellectuelle. 

Devrait-on envisager la création d’une charte éthique à l’usage des robots ? Est-ce que les sociétés modernes et démocratiques vont développer le droit des robots, après celui des animaux ? Cela nous donnerait à penser que c’est un droit des humains en devenir. La responsabilité des fabricants doit être engagée dès les ateliers de conceptions au prisme de l’éthique. La différence entre la capacité et la capabilité de l’homme et des machines laisse réfléchir au « Design by Ethics » que l’on peut envisager comme le fruit d’une réflexion commune entre tous les acteurs (fabricants, institutions, société civile…). Le législateur seul ne suffirait pas contre les groupes industriels, les lobbies et les commerciaux. Faudra-t-il attendre qu’une succession de scandales et d’accidents se produisent avant que des mesures effectives soient prises ? L’éducation à l’intelligence artificielle, la formation et la sensibilisation à l’usage des artefacts et à l’intelligence non naturelle seraient des points de réflexion à intégrer dans la pensée commune citoyenne. 

L’humain, possède des formes complexes de subjectivité et d’émotions que ne peuvent remplacer les applications de l’intelligence artificielle et les robots, en tout cas pour le moment. De même, les robots possèdent des capacités de calculs, de stockage d’informations et une précision dans leurs gestes que peuvent envier les humains. Dans ce cas la neuro-augmentation devient-elle un horizon souhaitable ? Est-ce qu’on se dirige vers l’homosilicium rêvé par certains? Il faut garder à l’esprit qu’une telle opération est une menace pour notre expérience sensorielle et sensitive avec notre monde.

  1. Robotique, intelligence artificielle et éducation

Ce panel a rassemblé des recherches sur les usages de l’intelligence artificielle et des robots dans la sphère éducative. On y a interrogé la place de l’apprenant et le processus d’apprentissage dans le contexte de l’intelligence artificielle et des études ont montré comment la robotique et les applications de l’intelligence artificielle étaient abordées dans des contextes différents. L’idée était de mettre en exergue le type de collaboration qui puisse être optimale entre la machine et l’apprenant afin de faciliter l’apprentissage en gardant comme postulat de départ que l’intelligence artificielle doit être envisagée comme un support puissant à la collaboration cognitive et non pas comme étant une suprématie de la machine sur l’homme. C’est pourquoi l’acquisition de la connaissance est un processus fondé sur l’engagement de l’apprenant, en définitive, on apprend ce que l’on veut. 

La robotique éducative dans les pays en voie de développement a également été abordée avec des exemples du Bénin, et un état des lieux et approches critiques du rôle de l’intelligence artificielle dans le secteur de l’éducation avec l’exemple du Liban. Le but de cette étude était de connaitre les usages et les fonctions de l’intelligence artificielle dans le système éducatif au Liban. En somme, ces chercheurs se sont demandé où se trouve l’intelligence artificielle au Liban.  Ils sont partis du postulat que l’intelligence artificielle est absente dans les universités libanaises. Cependant, ils ont abouti au terme de leur étude à la conclusion que l’intelligence artificielle est non seulement présente dans les universités libanaises, mais qu’en plus, elle gagne du terrain. Actuellement, les autorités universitaires discutent de la création d’un département entièrement dédié à l’intelligence artificielle. Pour revenir sur les exemples béninois présentés, une recherche a voulu comprendre en quoi l’utilisation de la robotique peut améliorer le système éducatif  et comment l’utilisation des robots peut constituer une source de motivation pour les élèves. Cette étude qui s’est menée dans le cadre de la formation « Femcoders » a finalement permis de connaitre les représentations qu’ont les élèves sur les robots et a permis d’apporter des changements dans la compréhension du robot par les élèves béninois. D’autre part, des chercheurs ont fait appel à l’éducation traditionnelle précoloniale africaine, qui avait des valeurs collaboratives et sociales pour faire un parallèle avec l’usage des cobots et interroger leur insertion dans un modèle de dispositif africain.

La dimension éducative de la robotique et de l’IA soulève plusieurs questions : quels sont les effets des nouvelles technologies sur l’être humain ? Que fait l’ordinateur à l’homme ? Par ailleurs, il s’agissait aussi de montrer l’impact de l’hyper médiatisation sur les hommes. En outre les machines qui sont créées sont considérées comme des corps auxquels il faut donner vie. 

  1. Robotique collaborative, intelligence artificielle et enjeux économiques

Le vocable «intelligence artificielle » quoique largement répandu, peut revêtir encore une part d’inconnu pour des opérateurs économiques ou pour des décideurs qui ne l’utilisent pas activement dans leurs entreprises. Mais aussi, a contrario ce vocable peut représenter l’avenir de la communication digitale des organisations, le « paradis » de la relation client » pour les responsables de grands groupes internationaux et les créateurs de startups. 

Certains dirigeants à l’exemple des responsables de compagnies d’assurance au Maroc, éprouvent encore des difficultés à définir l’intelligence artificielle et à envisager le développement de leurs activités avec des applications offertes par l’IA. On pourrait préconiser dans ces territoires une meilleure mise en place des infrastructures numériques par les gouvernants, la formation aux logiciels updata, et surtout l’obtention de la confiance envers ces intelligences non naturelles. Le facteur de la « Confiance » a également retenti à travers l’exemple des fabrication laboratories au Cameroun. Les jeunes formés dans ces lieux d’apprentissage témoignent de difficultés à faire accepter leurs créations sur le territoire national. L’exil devient leur solution pour pouvoir faire vivre leurs productions à l’étranger dans des pays développés, qui possèdent déjà une culture favorable aux applications de l’intelligence artificielle et de la robotique.  Certaines technologies ont su gagner en confiance par leur adéquation avec les besoins réels des populations et apporter une plus-value quantifiable notamment dans le cas du secteur agropastoral burkinabé. Sujet à plusieurs difficultés à savoir la mauvaise répartition des pluies, les attaques parasitaires, une méconnaissance des prix des produits agropastoraux sur le marché, ces défis multiples et multiformes ont conduit à la mise en place du modem. Cette plateforme alternative a suscité un engouement chez les producteurs en ce sens qu’elle a permis d’enregistrer plusieurs avancées dans les domaines économique, environnemental et  sécuritaire en offrant une meilleure surveillance des récoltes. De même, les avantages de l’usage du drone dans le domaine agricole au Bénin ont été évoqués. Bien que cette utilisation ait permis d’améliorer le rendement et l’écoulement des produits, il présente cependant des risques d’utilisation des données à d’autres fins par les partenaires étrangers. La « Confiance » a également été abordée au prisme de démocratie participative dans la transformation urbaine pour la construction d’une ville intelligente. La problématique réelle d’implication des populations dans le projet de construction d’une ville devrait être largement au cœur des problématiques des collectivités publiques. Ce panel a donc soulevé les questions de l’adéquation théorie/terrain dans divers secteurs qui a fait jaillir la notion de « Confiance » comme levier de développement économique et condition d’acceptation des technologies. La confiance demeure un paramètre décisif pour les humains, ceux sont eux qui décident de la marge d’intégration des objets d’intelligence dans leur vie quotidienne. 

  1. Intelligence artificielle et société

La combinaison entre les applications de l’intelligence artificielle, de la robotique et les données géospatiales ont fait entrer nos sociétés dans une nouvelle ère. L’échange et le stockage des données massives s’opèrent et la montée en puissance des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) fait redouter le pire à certains. Cette crainte trouve ses clés d’explication en en comprenant comment les statistiques deviennent un outil de pouvoir. Les politiques de gouvernance des algorithmes laissent à réfléchir, car les utilisateurs ne participent ni à leur conception ni à leur fonctionnement. Est-ce une forme de « servitude volontaire au détriment des critères opaques algorithmiques » ? On remarque que nous vivons dans un contexte oligopole des GAFAM qui administrent la société des individus et utilisent les données massives. Les scandales tels Cambridge Analytica sont révélateurs du pouvoir de ces nouvelles « institutions » qui peuvent manipuler des millions d’individus dans le silence total.  

Comment la technologie peut transformer les interactions humaines futures ? On lui confère les valeurs du pharmakon de Socrate, à la fois poison ou remède. En effet selon les orientations de son utilisation, les buts et finalités, la technologie dans la société est d’un apport bénéfique aux populations où la collecte des informations est un apport pour les populations et leur développement social. 

Dans quelle mesure la robotique collaborative est un outil de développement face aux faiblesses infrastructurelles dans les pays pauvres et en voie de développement ? 

Une recherche a mis l’accent sur le fait que la collecte des informations à l’aide des données spatiales permet au journalisme de travailler et d’informer les populations avec plus de pertinence. Les cartes en temps réel, cartes dynamiques, cartes interactives, etc. trouvent une dimension forte en ce qu’elles permettent une géolocalisation précise qui renseigne les zones à criminalité élevée, les zones de conflits, d’épidémies, etc. et sont une aide au développement dans les territoires. La précision de la robotique collaborative est un support pour le développement notamment dans les zones sous menaces terroristes et les zones sensibles. Le cas des villes nigérianes vivant sous la menace de Boko-Haram par exemple, démontre à suffisance comment les usages de la robotique collaborative et des données géospatiales peuvent être utilisés afin de coordonner les actions des parties prenantes en œuvre  pour la paix et la stabilité de ces zones. Le cas ivoirien a également été abordé en posant la question des apports de l’intelligence artificielle et de la robotique dans des contextes de villes sous électrifiées et avec un réseau routier délétère. Il existe des entreprises ivoiriennes spécialisées dans ces domaines de pointe qui participent à la réflexion sur les enjeux économiques de ces technologies face aux faiblesses infrastructurelles dans les pays en voie de développement. 

D’autres espaces permettent de mettre les compétences des hommes et les capacités des technologies au service du développement de leur territoire de vie naturel. Les « laboratoires de fabrication » comme lieux d’apprentissage ouverts au public permettent de proposer une alternative au système scolaire classique et de faire émerger de nouvelles compétences. La synergie entre la culture numérique et les réalités sociales semblent être au rendez-vous avec la robotique éducative, et faire des Fablabs des lieux de développement qui favorisent des interactions avec une diversité d’acteurs.

Comme l’a souligné un partiticpant, comment imaginer « l’avenir de nos savoir-vivre et savoir-faire en société », tout en sachant que les technologies issues de l’évolution numérique vont davantage transformer nos modes de vie ?

  1. Approche épistémologique

L’atelier portant sur l’approche épistémologique a été riche de quatre interventions très intéressantes portant sur des sujets variés. Nous avons regroupé ces communications en trois sous thèmes. Le premier thème porte sur le bio mimétisme et l’humanisme numérique. Le second thème montre de manière pratique comment l’intelligence artificielle peut accompagner l’émergence économique des pays en voie de développement avec le cas du Nigeria. Pour ce faire, trois communications ont mis en évidence cette perspective. La dernière intervention a montré le concept de culture digitale et ses applications. 

La première communication a montré que l’homme adopte un schéma de réseaux, car il est lui-même à la croisée de plusieurs réseaux. De plus, le cosmos et l’univers présentent un modèle d’organisation et un syncrétisme qui influencent les créations et les inventions des hommes. Ce bio mimétisme est de plus en plus concret dans la mesure où l’ergonomie de certaines inventions s’inspire de la biodiversité, par exemple l’avant d’un train à grande vitesse dont les lignes s’inspirent du bec du martin-pêcheur. À ce titre, on peut penser un rapprochement entre l’organisation de l’univers, la biodiversité et l’imaginaire humain qui en reprend les grandes lignes. Cependant, dans cet élan de nombreuses interrogations surgissent. La communication a posé le problème de la reconstruction artificielle des émotions, des sensations et de la conscience par l’intelligence artificielle. Reprenant la réflexion d’Edgard Morin sur la performance des machines, on a insisté sur le fait que l’humain a toujours des chances de garder la maitrise de ces ensembles dans un processus d’organisation et de réorganisations permanentes. L’objectif est de correspondre avec la quatrième dimension : l’humanisme numérique.   

Une application possible de l’humanisme numérique est de servir le développement. Dans cette optique, le Nigeria est un exemple pour les pays en voie de développement. La recherche avec l’intelligence artificielle à pour cible principale la jeunesse. L’enjeu est très important et réel. Deux interventions ont montré comment l’intelligence artificielle peut servir de modèle de développement économique puissant grâce à une jeunesse forte. Les intervenants partent du principe que la jeunesse constitue une population qui consomme énormément les médias. En Afrique de l’Ouest, ce phénomène est très répandu. Cependant, une préoccupation reste essentielle, il s’agit de l’authenticité des informations véhiculées. Les participants ont insisté sur les dangers d’une mauvaise utilisation des médias. Les objectifs fixés par les intervenants sont entre autres de montrer comment la robotique participe à l’essor économique des pays pauvres et déterminer des stratégies de sensibilisation sur la nécessité de déployer des robots au Nigéria en prévision de la révolution industrielle anticipée. Ces deux communications ont proposé à la fin des stratégies et des suggestions dans l’optique de la valorisation de la robotique au Nigeria. 

Par ailleurs, la question de la transversalité et la collaboration dans la culture numérique a été abordée. La communication a mis en évidence le manque de définition universelle de la culture numérique. Les recherches sur la culture numérique continuent, car l’on observe une disparité des approches liées à l’espace géographique. Ainsi, la culture numérique dans les pays en voie de développement ne présente pas les mêmes caractéristiques et la même définition que celle des pays développés. Aussi, pour obtenir un résultat efficient et pertinent, il faut penser une formation en vue d’accélérer l’accès et l’intégration des technologies surtout chez les plus jeunes. À ce stade de la discussion, nous pouvons faire un lien avec le cas du Nigeria évoqué plus haut. En effet, l’intégration de la culture numérique chez plus jeunes doit aussi entrainer une mise en place des systèmes de contrôles, de filtrages et de surveillance. On peut dire que la mission géopolitique autour de la culture numérique doit être approfondie. Cet atelier a montré la valeur et la portée de la robotique et de ses méthodes d’approches ainsi que les enjeux auxquels l’homme et la recherche doivent faire face en vue de ne pas en perdre totalement le contrôle. 

  1. Tables rondes et conférences

Quoi de plus logique que de voir agir l’IA ? C’est à travers quelques minutes de déambulations avec le logiciel d’assistance vocal SIRI que l’assistance a été portée à se concentrer sur l’ingénierie des exigences qui amène à comprendre à la fois les besoins sociaux et les objectifs finaux du logiciel, qui en explique la conception. À travers un échange conversationnel avec SIRI, il a été démontré que SIRI était quelque peu « intelligent » vu que les algorithmes qui soutiennent son fonctionnement lui permettent d’interagir « intelligemment » avec l’utilisateur, mais aussi avec les autres logiciels de l’environnement numérique dans lequel il est intégré. 

La première table ronde dédiée aux initiatives internationales dans lesquelles l’IA répond à des enjeux stratégiques, est revenue sur l’urgence de construire un data center dans chaque continent (en Afrique en l’occurrence) pour permettre le stockage local des données massives produites, et de ce fait, résoudre/élaborer le cadre législatif et sécuritaire lié à l’exploitation ainsi qu’à la gestion de ces données. 

L’IA est une « aide » et ne peut en aucun cas « prendre le contrôle » : le paramétrage étant sa principale limite. Les aspects éthiques sont à cet effet, inhérents au développement et à l’usage de l’IA, lesquels aspects devant nous éclairer dans la prise de décision stratégique, dans le choix de l’IA à développer, et dans les simulations à entreprendre (à petite comme à grande échelle). 

L’optimisation du « temps » dans l’utilisation de l’IA, le temps étant compris comme « le temps dans les opérations de sécurité nationale ». En revenant sur des scénarios politico-militaires, l’orateur est revenu sur le caractère précis des données fournies par des engins conçus grâce à l’IA, cette précision chirurgicale permettant de réaliser à la fois une économie de moyens et un faible taux de perte en vie humaine (surtout en situation de conflits armés). Cet usage spécifique de l’IA sonne l’urgence pour la mise en place de ce qu’il a appelé « le droit international de l’IA » pour prévenir tout conflit, certes, mais surtout, pour légiférer le statut de l’IA et de ses usages, à niveau militaire et civil. 

La deuxième table ronde a mis l’accent sur les politiques en rapport avec l’IA et les enjeux de développement. Il s’agissait d’exposer la vision de développement numérique des états ici représentée. Le cas de la République du Congo a permis d’identifier quelques axes du plan de développement du secteur des Télécoms dont le déploiement de la fibre optique sur le territoire national, l’obtention des licences 3G et 4G, l’accompagnement politique des initiatives privées (surtout en terme de financement), la création d’un cadre de mutualisation des infrastructures entre les pays de la sous-région CEEAC (Communauté Économique des États d’Afrique centrale) et la formulation d’un cadre régissant la cyber sécurité (dans les transactions financières par exemple). C’est autour de ce point financier que le cas du Costa Rica a intéressé l’assemblée. Par l’engagement national des initiatives de jeunes liées à la robotique et à l’IA. Il est de ce fait impérieux de se pencher également sur la formation des compétences académiques dans les universités publiques, lesquelles compétences sont appréciées et même recherchées dans les grandes compagnies (GAFA, Microsoft, IBM). La vision du Costa Rica est « citoyenne ». Il est question d’éduquer de manière très ciblée les utilisateurs pour qu’ils deviennent des fournisseurs et des consommateurs de données « avertis ». Pour se faire, le vœu émis est de voir être mis en place un cadre d’échanges et de discussions sur l’IA à l’échelle nationale. La question de la représentativité du genre, entre autres, devrait être prise en compte, autant dans les filières académiques, que dans l’entreprenariat. 

L’expérience du Réseau RCD du Kenya nous a permis d’avoir un son de cloche du secteur de la société civile. Cette structure a pour ambition ce qui peut être représenté par une phrase : « arrêter avec de beaux discours et poser des actes concrets », à partir des degrés élémentaires (maternel, primaire), par la formation au codage et au développement du software. Tout ceci dans une approche éthique et inclusive.  Le cas du Burkina Faso est revenu sur quelques points d’un plan national multisectoriel axé sur l’accessibilité (accroissement de la couverture de la fibre optique) et de la formation continue des ressources humaines. 

L’exigence de mener les questionnements épistémologiques et conceptuels au niveau de la discipline « SIC », questionnements que soulève l’IA, qui – laquelle IA – pourrait ne pas être une si nouvelle technologie, comme d’aucuns veulent le faire croire. La communauté de chercheurs devrait se mobiliser pour identifier les composants idéologiques du développement des technologies (composants économiques, politiques, de recherche, de zones géopolitiques) ce, pour « construire véritablement le concept de l’IA en Sciences de l’Information et de la Communication ». Au niveau académique, plus largement scientifique, un accent particulier devrait être placé sur la réalisation et l’encouragement de la recherche-action et sur la production des recherches sur les non-usages et les usages détournés des technologies, afin de mieux cerner les contours de ce concept. En empruntant une démarche méthodologique basée sur les théories de la complexité et de la prospective, les études liées à l’IA devraient également intégrer à la fois les enjeux de coopération internationale et les échanges entre institutions et états. 

CONCLUSION

Les vœux et ambitions exprimés par la présidence de l’Université, par les organisateurs de ce colloque, mais aussi par les institutions et les personnalités invitées ont été orientés sur des axes que nous nous proposons de formaliser comme suit : 

  • Les travaux et réflexions sur l’intelligence artificielle doivent proposer des solutions qui placent « l’homme au centre de tout et au centre de tout développement technologique » 
  • Ces assises sont la preuve qu’il faut encourager l’émergence des technologies portées par le monde de l’entreprise, et réfléchir dans quelle mesure permettre leur appropriation à grande échelle

Ce colloque a présenté des orientations dans une vision prospective et anticipative des aspects du développement technologique relatifs à la diversité culturelle et disciplinaire, à la sécurité, au cadre juridique et législatif, à la liberté d’expression et à l’éthique. En parlant d’éthique, la fondation Anthony Mainguene a proposé une démarche qui conjugue « 3C » : la compétence, la conscience et le cœur ». Les « 3C » constituent un référentiel pouvant aider à la prise de décisions institutionnelle, à la prise de conscience dans les projets de développement technologique et à la solidarité dans la responsabilité individuelle et collective. 

Les participants venus de 36 pays ont échangé sur des partages d’expériences vécus dans différents pays, dans des contextes différents et proposant différentes approches pour l’exploitation des apports de l’IA pour l’humanité.

Enfin, la clôture de ce colloque a été orientée autour des éléments qui déterminent la valeur « humaine » de l’IA, car elle intervient dans toute ambition réflexive sur l' »humanité même » : l’IA est-ce la naissance d’une nouvelle espèce ? Préoccupation hautement scientifique, mais également sociale. Deux conceptions transhumanistes peuvent nous proposer des réponses : 

  • Plus on développe des automatismes, plus on interagit sous la forme d’automatisme avec la machine ;
  • Prendre conscience de la richesse de la dimension biologique humaine pour favoriser l’ouverture, la diversité culturelle, la créativité et l’innovation. En effet, les technologies du signal sont des discours d’injonctions, tandis que toute l’ingéniosité humaine s’inscrit dans un discours de négociation. 

Alors, l’IA est-elle une menace ? La réponse ne peut être tranchée, cependant il est urgent et important de mettre en garde l’homme (le développeur, le politique, le financeur, l’utilisateur) sur l’évolution accélérée des dispositifs technologiques qui peuvent ne plus être au service de l’humain, mais qui œuvrent pour l’extrahumain, le transhumain, l’ « après-humain ». 

Synthèse réalisée par Renée Likassa avec les contributions de Ibrahim Abdoulaye Seyni, Paul Bini, Lynda Kaninda, Aminata Ouedraogo, Étienne Sossou, Élodie Tapsoba. 

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